Catégorie: La set-list idéale
Souvenirs de vieux nightclubbers

Je ne suis d’ordinaire pas (du tout) amateur de compilations, mais celle-ci me donne juste envie de me relever la nuit pour l’écouter encore et encore… Sortie il y a tout juste quatre ans, Only after dark est une sélection réalisée pour EMI par Nick Rhodes et John Taylor de Duran Duran. Le but était de recréer l’ambiance particulière du Rum Runner, le club de Birmingham à la mode à la fin des années 70 et au début des 80's lorsque, selon les historiens du rock, "un nouveau son glam/punk/électronique commençait à se cristalliser".
L'histoire de Duran Duran est étroitement liée à ce club branché. Avant que le groupe perce, Nick Rhodes y était DJ et John Taylor portier. Roger Taylor y a travaillé au bar et les deux autres en étaient des clients réguliers. La boîte fut un temps, de jour, leur local de répétition, mais aussi, la nuit, leur tout premier lieu de concert… et de débauche. Quant aux gérants de l’établissement, les frères Berrow, ils sont devenus les managers du groupe, avec le flair et le sens des affaires que l’on sait.
Ces dix-huit titres ici sélectionnés sont donc garantis être représentatifs de la play-list sur laquelle l'on dansait au Rum Runner à cette époque.
1. The Human League - Being boiled
2. Yellow Magic Orchestra - Computer games
3. David Bowie - Always crashing in the same car
4. The Psychedelic Furs - Sister Europe
5. Simple Minds - Changeling
6. Mick Ronson - Only after dark
7. John Foxx - Underpass
8. The Normal - Warm leatherette
9. Bryan Ferry - The ‘in’ crowd
10. Brian Eno - The true wheel
11. Tubeway Army - Are friends electric ?
12. Kraftwerk - The robots
13. Donna Summer - I feel love
14. Wire - I am the fly
15. Magazine - Shot by both sides
16. Grace Jones - Private life
17. Iggy Pop - The passenger
18. Ultravox - Slow motion
On attend maintenant avec impatience que Steve Strange et Rusty Egan nous sortent le même disque consacré au Blitz londonien période 1980-81, soit le berceau du controversé mais ô combien délicieux mouvement Nouveau Romantique...
Give me 5 by... The Beatles

S'il ne fallait en garder que cinq des Fab Four.
Helter Skelter (1968)
L’une des chansons les plus controversées de tous les temps, avec Cop killer de Body Count. A en croire ses justifications hallucinées, le gourou Charles Manson aurait cru y décoder l’ordre de commanditer les meurtres atroces que l’on sait, et ce dans le cadre de la préparation d'une guerre raciale. A la base, c’est Paul McCartney, en compétition amicale avec The Who, qui s’est mis en tête de composer la chanson la plus violente jamais enregistrée, dotée du riff de guitare le plus sale possible, de la batterie la plus lourde, du chant le plus sauvage, etc. Le heavy-metal, le punk et le grunge doivent tous beaucoup à ce morceau. Mythique.
A day in the life (1967)
Dernière plage de l’incontournable Sgt. Pepper, ce collage de deux chansons, l’une de John Lennon, l’autre de Paul McCartney, est peut-être bien ce que les Beatles ont fait de plus expérimental et déroutant. Au départ une simple ballade, le morceau évolue en un maelstrom orchestral assourdissant avant de revenir au calme et de se conclure dans un déluge de cuivres. Tous les bidouillages de Radiohead, pour ne citer qu'eux, se trouvent ici annoncés avec trente ans d’avance.
I want you (She’s so heavy) (1969)
Répétitif, hypnotique, lancinant, ce titre tiré du légendaire album Abbey Road peut être considéré comme une composition typique du rock progressif des sixties. Sauf qu’à la différence du prog en général, ce n’est absolument pas chiant, mais au contraire irrésistiblement entêtant. A noter : en plus d’un orgue Hammond, Lennon y fait usage d’un petit synthétiseur Moog, un instrument encore très rarement utilisé dans le rock à l’époque.
Something (1969)
Frank Sinatra, qui l’a reprise, en parlait comme de la plus belle chanson d’amour de tous les temps. Qu’ajouter d’autre, sinon qu’Elvis, le King en personne, en a fait aussi un classique de la set-list de ses concerts dans les années 70 ? Pour moi, Something reste, à n’en point douter, la plus belle contribution de George Harrison au répertoire des Beatles.
Help ! (1965)
Probablement l’un des trois ou quatre singles pop/rock les plus efficaces de l’histoire de la musique populaire. Imparable !
"He's got the whole world behind him, he's Brian Eno."

Une génération d’auditeurs âgés de quinze à, disons, vingt-trois ans, découvre en ce moment Brian Eno par la grâce des minets de MGMT.
Leur nouvel album ne vaut pas un clou, mais l’hommage qu’ils y rendent à Eno est beau à pleurer (voyez ma chronique ici).
Même s’il s’est recyclé en producteur de groupes de rock pour beaufs comme U2 et Coldplay, Eno reste une divinité de la pop. Un sorcier du son. Le Leonardo da Vinci de la musique contemporaine.
Aux kids qui le découvrent aujourd’hui par le biais de MGMT (ou de Coldplay, mouhaha !), je conseille en priorité l’écoute des bijoux suivants :
- Before and after science (1977) : Le plus accessible et sans doute le plus représentatif de l’artiste. Du rock arty façon Talking Heads cohabite harmonieusement avec des plages instrumentales ambient.
- Here come the warm jets (1973) : Son premier album solo, juste après son départ de Roxy Music et dont il constitue en quelque sorte un prolongement. A l’exception de Bryan Ferry, tous les membres du groupe ont participé à sa réalisation. C'est logiquement son disque le plus glam.
- Another green world (1975) : Complexe, mais fascinant.
- My life in the bush of ghosts, avec David Byrne (1981) : Un chef d’œuvre de musique expérimentale, précurseur du sampling et de la world-music.
- Music for airports (1978) : Le tout premier album officiellement labellisé ambient.
Dans cet ordre-là.
Nous sommes en 2010 et vous n'êtes qu'à quelques clicks de toutes ces enivrantes merveilles.
Play it again at the wrong speed, Sam

Je joue le maxi Politics of pressure de Front 242 en vinyle (la version 3 titres) et, comme un certain DJ du Boccaccio jadis avec A Split Second, je me trompe de vitesse et je le passe en mode 33 tours au lieu de 45 (*). Le résultat, en ce qui concerne Commando Mix, est absolument imparable : le morceau en devient, je trouve, encore plus froid, plus menaçant et plus dansant. Ca cogne nettement plus fort et sonne bien davantage « cold-wave », à vrai dire… Avec l'effet ralenti, certains sons semblent tout droit sortis de Pornography de Cure, ça situe.
Si vous avez le disque, faites le test, je vous assure que c’est bigrement bon.
(*) Pour les jeunes qui n’ont pas connu le vinyle, précisons que les maxis (ou 12 inchs, comme disent les anglo-saxons) avaient le même diamètre qu’un LP mais devaient être écoutés à la vitesse des singles (les 45 tours ou 7 inchs).
All you do to me is talk, talk...

Moi, à la base, les best-of, ça ne m’intéresse pas. Je trouve que ça n’a pas d’âme, une compile. Ca balaie des époques et des contextes différents sans grande cohérence. C’est purement mercantile. Oh bien sûr, vous me direz que ça peut toujours être utile pour découvrir un vieux groupe, quand on en aime une ou deux chansons et qu’on ne sait pas trop quel album choisir en premier... Ou du moins que c’était le cas avant l’ère du tout-numérique, quand les gens achetaient encore des disques. Ouais, ouais… N’empêche que le ‘Very best of’ de Talk Talk, je suis en train de l’user jusqu’à la corde, là… Quel remarquable assemblage de tubes !
Bande-son du week-end : Monster Movie, le premier album de Can

Un chanteur black américain et quatre sorciers allemands du son pondent un disque d’avant-garde, expérimental, sans concessions et résolument anti-commercial. Monster Movie, c’est comme du post-punk avant même l’apparition du punk. C’est James Brown qui chante sur le rock psyché du Velvet Underground. C’est les premiers Pink Floyd avec un gros feeling soul. C’est Public Image Ltd. qui plane sous LSD dans un club de jazz de la Nouvelle-Orléans. C’est Primal Scream en 1969.
En face B, on se prend dans la tronche une improvisation assourdissante de plus de vingt minutes qui nous confirme, si on en doutait encore, que ces musiciens ne fumaient pas que des Gitanes. Corollaire : le chanteur, Malcolm Mooney, sera interné peu de temps après l’enregistrement du disque.
Yes, we Can !
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