Catégorie: Réflexions métaphysiques complexes
Jona à Grozny : coup de froid sur le mercato

Dans la foulée de Medhi Carcela, parti rejoindre son pote Mbark Boussoufa à Anzhi Makhachkala, un autre jeune footballeur belge a mis les voiles vers le championnat russe durant le dernier mercato. Jonathan Legear, ou plutôt Zonathan Lezarre, comme il le prononce, a signé un contrat portant sur trois saisons avec le Terek Grozny, en Tchétchénie. Surtout connu en Belgique pour son tatouage comportant une faute d’orthographe et pour sa touffe de cheveux sur la langue qui ferait presque passer Eric Deflandre pour un prof de diction, Jona a choisi le pognon. Il touchera à Grozny un salaire annuel de 1,8 millions d’euros hors primes.
S’il s’agit indiscutablement d’une opération financièrement intéressante pour le blondinet, mais aussi pour ses managers (qui se partagent une juteuse commission de 700.000 euros sur la transaction), d’autres aspects de ce transfert sont nettement moins enthousiasmants. Sur le plan sportif déjà, Legear, qui était habitué à jouer le titre chaque année en Belgique (et, en cas de succès, à le fêter jusqu’à plus-soif au Carré), s’engage dans une équipe bien plus faible qu'Anderlecht (si, ça existe !). Le Terek Grozny n’est pas encore un « grand » du championnat russe, loin s’en faut ; le club n’est en première division que depuis trois ans et a terminé chaque saison entre la dixième et la douzième place du classement général. Pas de quoi pavoiser…
Si l’on peut comprendre qu’une vedette du foot en fin de carrière aille monnayer son talent dans un championnat sportivement médiocre mais financièrement très rémunérateur, comme le fait Roberto Carlos, qui a rejoint le Daguestan à 37 ans, Jonathan Legear n’en a que 24 et a(vait), a priori, encore une belle carrière sportive devant lui. Déjà bien payé à Anderlecht (par rapport au commun des mortels), il aurait certainement pu décrocher un meilleur contrat en France, en Angleterre, aux Pays-Bas, ou pourquoi pas au Portugal, à l’instar d’Axel Witsel et Steven Defour, deux garçons bien conseillés qui ont amélioré leur situation financière de façon substantielle tout en rejoignant des équipes prestigieuses – Benfica Lisbonne et le FC Porto –, sous le soleil qui plus est. Et si Legear rêvait de la compétition russe, le Spartak ou le Lokomotiv Moscou, voire le Zenit Saint-Petersbourg, auraient constitué des alternatives bien plus attractives, à tous points de vue.
Car se pose ensuite la question de la qualité de vie. Et c'est peu dire que notre fêtard du Carré ne risque pas de beaucoup s'amuser en Tchétchénie, un pays musulman très pauvre, triste, ravagé par deux guerres avec la Russie, et dominé de main de fer par l’excentrique dictateur Ramzan Kadyrov, le nationaliste radical qui est à la fois Président de la République tchétchène et dirigeant du... Terek Grozny.
La double casquette du tyran et milliardaire dégénéré Kadyrov pose aussi une question de morale dans le chef du joueur. Le nouveau patron de l'ex-Anderlechtois est en effet accusé par la Ligue des Droits de l’Homme de quantités d’exactions commises sur sa propre population. La torture, les enlèvements et assassinats d’opposants au régime sont courants, en Tchétchénie (les ONG parlent de « terrorisme d’Etat »). Et en ce sens, l’on ne peut s’empêcher de se dire qu’en acceptant les roubles d'un dictateur sanguinaire, et en portant ses couleurs, Legear, comme Ruud Gullit avant lui, cautionne indirectement ce régime de terreur.
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Update : Belle coïncidence que la couverture du cahier sportif de La Dernière Heure/Les Sports de ce jeudi 8 septembre qui titre "Tintin chez les Soviets".
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