Catégorie: Lupanar
Take it or leave it

A period of time following a disastrous event ("in the aftermath of war").
C'est bien que Pop-Rock se soit arrêté, au fond. Le site aura existé aussi longtemps que les Beatles, du moins si l’on ne tient pas compte de leurs deux années passées dans l’anonymat des clubs glauques de Hambourg. Huit ans, cela devrait d’ailleurs être la durée de vie maximale d’un groupe de rock, je trouve. Franchement, est-ce que le mythe des Rolling Stones n’aurait pas gagné à ce qu’ils se séparent après Exile on Main Street ? Voire même tout simplement après la mort de Brian Jones ?
Pour Pop-Rock, c’est pareil. Les quatre derniers membres du line-up avaient la tête ailleurs – moi y compris -, continuer ne rimait plus à rien. D’autant qu’on aurait forcément fini par livrer des chroniques de moindre qualité. Comme les Beatles, qui se sont quittés sur Let it be, un disque globalement plus faible que ses prédécesseurs (même si on aurait crié au génie s’il avait été réalisé par un groupe débutant) : le cœur n’y était plus, chacun bossait de son côté sans vraiment se sentir encore impliqué, sans avoir l’impression de faire partie d’un tout insécable. C'est aussi ce que nous avons vécu en 2011 (mais sans notre Yoko Ono, qui s'était barrée depuis trois ans...). Est-ce parce que notre période la plus fertile et créative – celle où on se droguait et buvait tous beaucoup trop – était déjà depuis longtemps derrière nous ? Ou est-ce parce que la rédaction est passée par trop de phases de tension, de discordes et de petites révolutions internes pour en sortir totalement indemne ? Quoi qu’il en soit, cette année, nous en étions arrivés à un stade ou l’on parlait plus du passé qu’on se projetait dans l’avenir… Comme les Stones à partir de Sticky fingers, en somme.
Mais l’arrêt de Pop-Rock, soyons francs, ce n’est pas la fin du monde, pas plus que ne le fut la fin des Beatles (qui ont tous mené ensuite une carrière solo honorable, Ringo excepté). Je sais que quelques-uns de mes followers (et pas que les haters !) pensent que je vis la chose comme un échec personnel, une cuisante défaite, une humiliation... Mais ce n’est absolument pas le cas. Pop-Rock, c’était un loisir divertissant, j’en ai retiré beaucoup de choses positives – des rencontres surtout –, mais j’ai tourné cette page sans regrets. Et même avec un certain sentiment du devoir accompli car Pop-Rock a vraiment été un webzine remarquable et passionnant (à lire comme à réaliser). Passionnant car indépendant et souvent provocateur, borderline, pour ne pas dire fou. On n’avait peur de rien ni personne, on se foutait de tout et de tout le monde. On riait au nez de Pascal Nègre et on piétinait (au sens propre comme au figuré) des CD à une époque où cela ne se faisait plus dans la presse écrite et où ce n’était pas encore courant sur internet – en tout cas pas en langue française. On se foutait en outre complètement de ce que le lectorat pouvait bien en penser...
Le journalisme n’a jamais été notre métier, nous le revendiquions avec force. Je gagne beaucoup plus d'argent en travaillant dans le privé que j’aurais pu le faire en devenant un professionnel de la critique musicale. A part éventuellement ceux qui combinent télévision, radio et presse écrite (et encore !), je n’ai jamais rencontré un journaliste culturel belge dont le revenu annuel net déclaré soit supérieur au mien ; et je n’ai pourtant pas un traitement d’eurocrate, très loin de là…
En Belgique, la case "presse culturelle" est tout simplement celle des crève-la-faim, des pigistes au statut précaire, souvent forcés en outre par leur éditeur à rédiger des publi-reportages promotionnels en lieu et place de critiques objectives. Voilà pourquoi faire de cela un métier ne m’a jamais attiré. J’ai eu les avantages du journalisme musical, ou du moins certains d’entre eux (à commencer par le rôle d’influenceur, vu le lectorat considérable que nous avons très vite touché, mais aussi les entrées en boîtes de nuit, le champagne et la came gratis), sans jamais en avoir les inconvénients. Si un label voulait nous boycotter parce qu'on avait détruit son dernier produit, on lui disait d’aller se faire foutre (avec ces mots-là) sans avoir à craindre qu’il arrête d’acheter de la publicité en nos pages, vu qu’on n’a jamais mangé de ce pain-là non plus… Car la clé de l’indépendance, de la vraie indépendance, Messieurs les candidats fondateurs de webzines, ce n’est pas le bénévolat mais le mécénat. Pour être libre, il faut payer tous les frais de votre poche – et ils sont conséquents sur un site comme Pop-Rock.com. Si vous espérez faire amortir vos dépenses par des sponsors et partenaires, vous êtes déjà morts avant de commencer. Cuits. Vendus. Coosemanisés.
A vrai dire, je me suis rarement senti aussi détendu et serein qu’actuellement. J’ai l’impression d’être débarrassé d’un stress, soulagé d’un poids. Cette pression permanente, ce succès et les retombées de notre réputation sulfureuse au firmament de notre popularité étaient devenus trop envahissants. Aux mecs haineux fanfaronnant en ano sur le net qu’ils allaient nous casser la gueule (ce qui n'est bien sûr jamais arrivé), il fallait ajouter toutes ces filles du milieu rock qui rêvaient (et rêvent sûrement encore) de devenir notre Ruby Tuesday de la soirée. Celles-là étaient prêtes à toutes les audaces pour nous approcher : certaines nous sortaient même le grand jeu en présence de nos compagnes...
Prendre un peu de recul, nous faire plus discrets et laisser redescendre la pression devrait contribuer à calmer les ardeurs des plus excité(e)s de nos fans, c'est en tout cas notre souhait. Nous ne sommes que des rock-critics, pas des dieux vivants, il est temps de commencer à vous en rendre compte...
Sinon, avec Yû, on parle de remonter un truc, style Pop-Rock mais en plus trash, mais vous l'aurez compris : je ne suis absolument pas pressé.
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