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L'année Rock 78
La musique de l'année de ma naissance au travers de quelques albums indispensables, chansons clés, dates et faits marquants.


« Voici donc le "Cri" et "l’Image", deux albums éminemment anglais. L’un reflète la distance, l’autre l’arrogance, mais tous deux reflètent le même privilège, le plus anglais des privilèges : l’insularité. C’est là le message croisé du "Cri" et de "l‘Image" : il n’est d’issue qu’individuelle et la new wave fut un mirage, bref, la Rédemption Collective n’existe pas. » (Yves Adrien, dans le Rock&Folk n°144)
Après s’être fait remarquer en trainant dans l’entourage des Sex Pistols, notamment lors d’une émission de télévision qui causa un scandale national, Siouxsie Sioux, Steve Severin et leurs deux éphémères compères sortent enfin leur premier album, The scream, sous le nom de Siouxsie & The Banshees. Ce véritable brûlot, furibard et ténébreux, préfigure ce que sera, en Angleterre, le rock dit ‘gothique’ (un genre dont Siouxsie deviendra vite la diva). Sa reprise magistrale de Helter Skelter, le morceau le plus violent et le plus controversé des Beatles, définit à elle seule l’esthétique de ce mouvement.
De son côté, Johnny Rotten, l’ex-chanteur des Sex Pistols, est à la tête d’un nouveau groupe : Public Image Ltd. Avec à ses côtés un ex-guitariste des Clash (Keith Levene), un futur grand nom des musiques expérimentales (Jah Wobble) et un batteur anonyme de passage (Jim Walker), ils multiplient les déclarations tapageuses et annoncent la mort définitive du rock. Leur premier album, un condensé extravagant d’agressivité et de folie furieuse, comprend les plus puissantes et plus lourdes lignes de basse jamais entendues jusque alors.
Anecdote : leur tout premier concert a lieu à Bruxelles, au Théâtre 140 (Square Plasky), le 20 décembre 1978, et se termine en émeute générale.

Un an avant l’incontournable Unknown pleasures de Joy Division, Magazine a déjà défini le son post-punk typique de Manchester. Les atmosphères dépressives, la voix grave, la basse pesante, les synthétiseurs glacés : ils ont absolument tout ce qu’on attribuera à ce mouvement. Sans oublier l’apport d’Howard Devoto, l’ex-leader des Buzzcocks. Ses paroles existentialistes et parfois hautement philosophiques valent à Magazine d’être qualifié de "groupe dans lequel aurait joué Albert Camus s’il avait été musicien". Rien que ça ! Tous ces ingrédients sont rassemblés sur l’album Real life. C’est très efficace mais, malgré une critique presque unanimement conquise, le succès commercial ne sera pas au rendez-vous. Même pas après coup.
Pour la petite histoire, c’est en visionnant le clip de The light pours out of me que Steve Severin aura l’idée géniale de proposer au guitariste de Magazine, John McGeoch, de rejoindre les rangs de Siouxsie & The Banshees. Il enregistrera à leurs côtés les meilleurs albums du groupe.

Patti Smith, l’intello féministe révoltée du CBGB, s’extirpe définitivement de l’underground new-yorkais par la grâce de Because the night, un single écrit par… Bruce Springsteen. L’album Easter n’en demeure pas moins l’un de ses plus réussis après Horses. Il est doté de quelques-uns de ses meilleurs textes (Babelogue/Rock’n’roll nigger) et de moments d’une grâce et d’une beauté simplement bouleversantes.
En parallèle (ha! ha!), Debbie Harry et son groupe Blondie, autre pilier de la scène alternative new-yorkaise, décrochent enfin la timbale avec leur troisième album, Parallel lines. Le single Heart of glass devient numéro 1 des charts des deux côtés de l’Atlantique et confère à la sulfureuse blonde peroxydée un statut d’icône pop.

Low et Heroes, les deux premiers volets de la ‘trilogie berlinoise’ de David Bowie sortis un an plus tôt, ont reçu à leur sortie un accueil glacial du public. Il en est de même pour Stage, un live qui tente tant bien que mal de reproduire l’ambiance si envoûtante de ces deux albums précurseurs de multiples tendances. N’empêche, rien que pour sa version à rallonge de Station to station, ou ses instrumentaux glacés nés du cerveau tourmenté d’Eno, ce double live occupe une place à part dans le cœur de nombreux admirateurs de Bowie.
Note perso : l’escale belge de la tournée a lieu à Bruxelles le 12 juin 1978, environ deux heures après ma naissance.
Le même soir, à Sheffield, Human League donne le tout premier concert de son histoire…

Rebondissons via cette anecdote sur Kraftwerk, l’une des plus grandes influences avouées de Human League (et de tant d’autres !). Le groupe de Ralph Hütter et Florian Schneider opère cette année-là un virage plus commercial avec The man machine, l’album que la plupart des groupes new wave passeront les années 80 à imiter. Le quatuor de Düsseldorf, pionnier (si pas inventeur) de la musique électronique, opte sur ce disque pour des sonorités pop synthétiques moins obscures, moins expérimentales, mais aussi plus accessibles au commun des mortels (lire : ta mère, ma tata et mon tonton). Leur single The model, extrait de cet LP, reste d’ailleurs leur plus gros succès populaire à ce jour.

Toujours en Allemagne, à Cologne, les Anglais d’Ultravox enregistrent avec Conny Plank Systems of romance, un album résolument tourné vers l’électronique. Celui-ci apparait comme en lien direct avec l’œuvre de Kraftwerk et tranche avec les compositions précédentes du groupe de John Foxx, marquées au fer rouge de l’influence croisée du glam-rock et du punk naissant. Sont-ils en avance sur leur époque ? L’album, bien que joliment ficelé, passe presque inaperçu à sa sortie.
Dans le même temps, à Londres, Gary Numan et son groupe, Tubeway Army, sortent leur premier album porté tant par l’ombre de Kraftwerk que celle de David Bowie période Ziggy Stardust, Roxy Music et le Velvet Underground (dont ils reprennent White light/White heat). Numan est en fait sur le point d’imposer un savant mélange de glam hédoniste et de synth-pop froide : le son des années 80.
Presque simultanément, aux States, les drôles de zigotos de Devo, originaires de l'Ohio, cartonnent dans le circuit alternatif. Ce collectif arty à l’humour décalé et au mauvais goût soigneusement cultivé sort l’étonnant Q : Are we not men ? A : We are Devo !, avec nul autre que Brian Eno à la production. La décomposition iconoclaste et jouette du (I can’t get no) Satisfaction des Stones n’est pas le moindre de leurs faits d’armes.

A New-York, les Talking Heads réalisent leur deuxième album, l’énorme More songs about buildings and food, également avec Eno aux manettes. Il s’agit du premier de trois disques (en trois ans) qui seront successivement enregistrés avec la complicité du sorcier anglais du son. C'est peu dire que l’ex-claviériste de Roxy Music y contribue à façonner l’identité sonore du groupe de David Byrne : un subtil croisement de rock, de pop, de funk, de sonorités électroniques et de rythmes africains.
Brian Eno, décidément hyper occupé, sort également la très influente compilation No New York, qui présente la scène noisy (rock bruitiste) d’avant-garde qualifiée de « no wave ». Les groupes Contortions (avec le chanteur James Chance), Teenage Jesus & The Jerks (avec Lydia Lunch), Mars et DNA s’y font un nom. Les membres de Sonic Youth prennent des notes.
En dehors des cercles d’initiés de la musique alternative, le plus gros carton de l’année, cela reste malgré tout ceci.
Ils sont nés en 1978 : Paul Banks d’Interpol le 3 mai, Carl Bârat des Libertines le 6 juin, Matt Bellamy de Muse le 9 juin, Nikolai Fraiture des Strokes le 13 novembre, Karen O des Yeah Yeah Yeahs le 22 novembre.
A suivre…
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1797 commentaires
Parler de la musique de 78 sans apporter quoi que ce soit qui n'ait été déjà 1000000000 fois ailleurs en mieux, c'est gagatiser, Marc Y... heu Jérôme D, pardon...
Ils me font penser à ces gens qui critiquent sans cesse l'organisation du Salon de l'Erotisme bruxellois mais y reviennent chaque année quand même. Déplorable.
Je trouvais ça super bien écrit, j'allais être jaloux quand j'ai vu que c'était du Adrien.
Ouf !
all at alone place.
You have touched some pleasant points here. Any way keep up wrinting.