| « Celui qui présente Ikko et annonce son gig au DNA | Celui qui parle de Pop-Rock, le passé et le présent » |
Celui qui effectue une comparaison contextualisée du premier album de deux groupes anglais ayant fait leurs débuts la même année


Duran Duran et Depeche Mode sont considérés aujourd’hui, avec The Cure et Simple Minds, comme les groupes les plus emblématiques des années 80, et de la new wave en particulier. Alors que ces deux formations tant décriées ont connu des trajectoires diamétralement opposées, il me plait, pour inaugurer en grandes pompes ma nouvelle rubrique « match de la semaine », d’établir un comparatif entre leurs deux premiers albums, Duran Duran et Speak & Spell, qui, coïncidence, sont tous deux sortis à quelques mois d’intervalle, en 1981, l'année de l'accession de Ronald Reagan à la maison blanche et de François Mitterrand à l'Elysée.
C'est dans la petite ville provinciale de Basildon, dans l'Essex, que Depeche Mode se forme en 1980. De leur propre aveu, c'est une ville morte où il ne se passe jamais rien. On peut parler de réel contraste avec Duran Duran, qui voit le jour à Birmingham, soit la deuxième ville la plus peuplée du Royaume-Uni. Nick Rhodes et John Taylor n'ont que respectivement 16 et 18 ans lorsqu'ils commencent à y répéter avec le chanteur Stephen Duffy, en 1978. Déjà entourés d'une petite cour, ils hantent les bars et les boîtes de nuit de la métropole. Nick Rhodes devient DJ dans un club à la mode, à 17 ans à peine, tandis que le flamboyant John Taylor est chargé de la sélection à l’entrée.
Les Depeche Mode (qui s’appellent encore Composition of Sounds) ne peuvent se targuer de vivre une jeunesse aussi palpitante. En 1980, Vince Clarke, le compositeur principal, a 20 ans et est au chômage. Il vivote et n’a pas vraiment l’occasion de mener la grande vie, loin s’en faut. Martin Gore est employé modèle dans une banque et Andrew Fletcher s’ennuie ferme dans une compagnie d’assurances. Ils sortent peu et sont d'un naturel timide. Tout le contraire de Dave Gahan, un petit voyou de 18 ans qui a pour seule ambition d'un jour pouvoir quitter ce bled moribond et s’installer à Londres. Son passé de délinquant et son côté trendy (pour un provincial) impressionnent Clarke, Gore et Fletcher, mais ce sont surtout son charisme et son succès auprès de la gent féminine qui incitent le trio à le recruter comme chanteur. « Parce qu'on se disait qu'il attirerait peut-être quelques personnes aux concerts », avouera Fletch.
« New sound all around. You can hear it too, getting hot, never stop. » (I sometimes wished I was dead, Depeche Mode)
De leur côté, à Birmingham, les Duran Duran ont remplacé dès 1979 le chanteur des débuts par Simon Le Bon, un poseur de 21 ans, acteur débutant qui a déjà tourné dans quelques spots de pub. Une de ses petites amies, barmaid dans la boîte où Nick Rhodes et John Taylor passent l’essentiel de leur temps, a servi d’intermédiaire à leur rencontre. Roger Taylor, le batteur, et Andy Taylor, le guitariste, ont rejoint le groupe dans la foulée (contrairement à une idée reçue, il n’existe aucun lien de parenté entre les trois Taylor).
Les joyeux drilles ont en commun un goût prononcé pour le glam-rock de David Bowie et Roxy Music, mais également pour le funk, la soul et le disco (et le groupe Chic en particulier). C'est là une autre grande différence avec Depeche Mode, dont les membres, même s'ils adorent tout autant Bowie et Roxy, ce qu’ils démontreront à différents stades de leur carrière, s’intéressent avant tout à la musique électronique. Kraftwerk, en particulier, leur sert de référence au moment de composer leurs premières démos. A l'instar de ce qu’ont fait Fad Gadget et Gary Numan, la démarche de DM est de jouer de l’électro-pop avec une forte personnalité, un leader qui capte les regards à l’avant-plan, et ce en opposition au modèle statique et austère des Allemands.
Duran Duran se positionne davantage comme un groupe de rock post-disco. « Les Sex Pistols qui jouent du Chic », diront-ils parfois, confessant que leur look est au moins aussi important que leurs chansons (à l'instar de Spandau Ballet, la presse les associe d'ailleurs au mouvement néo-romantique émergeant). L'électronique est présente dès leurs premières chansons via le synthétiseur de Nick Rhodes, mais la guitare est toujours bien en avant et c’est de la section rythmique que viendra la signature funky du groupe. A bien des égards, le Duran Duran de 1981 peut être perçu comme une version plus pop et moins intellectuelle de Japan (encore un rejeton de Bowie/Roxy nourri aux musiques noires). Nick Rhodes, le cerveau musical de Duran Duran, n’a d’ailleurs jamais fait mystère de sa fascination pour David Sylvian. Depeche Mode, par contre, avec ses trois synthés et Dave Gahan qui gigote à l'avant, fait du Kraftwerk pop (ou du sous-Kraftwerk, diront les mauvaises langues). Et ce n’est pas qu’un simple raccourci car tout sur Speak & Spell évoque la musique des pionniers de Düsseldorf (et particulièrement leur album The man machine, qui est sans doute le plus accessible de leur discographie), en moins robotique cependant.
De même, on peut souligner le mimétisme entre les titres du LP Duran Duran et ceux d’albums de Japan. Un exemple parle de lui-même, c’est celui du single de 1979 Life in Tokyo, produit par Sylvian avec le pape du disco Giorgio Moroder, et dont la structure a manifestement servi de modèle aux premières ébauches de Nick Rhodes et consorts. Simon Le Bon insuffle toutefois un surplus d’explosivité, d’entrain et de charisme. Ses prestations en tant que frontman, à cette époque, enfoncent indiscutablement celles de Dave Gahan, encore très réservé et presque timoré, sur scène comme dans les clips.
« There's a camera rolling on her back and I sense the rhythms humming in a frenzy, all the way down her spine. » (Girls on film, Duran Duran)
Dans les vidéos diffusées en heavy rotation sur l’unique chaine musicale de l'époque, Le Bon personnifie le winner irrésistible : un jeune esthète qui transpire l'assurance, voire même l'arrogance. L’usage fait par Duran Duran de la vidéo est l'une des clés de sa réussite. Les membres du groupe jouent les gravures de mode dans des clips légers où les filles et le champagne sont omniprésents. Celui de Girls on film, jugé beaucoup trop sexy et provoquant, est censuré par la BBC, ce qui crée un coup de pub plus que bienvenu. DM exploite beaucoup moins bien cet outil avec des vidéos minimalistes tournées à la va-vite. La différence de budget entre les deux formations est une explication partielle : Duran Duran a signé avec la major EMI tandis que Depeche a opté pour le jeune label indépendant Mute Records, aux moyens nettement plus modestes. Cette différence affecte également les plans promos, celui de l’album des play-boys de Birmingham étant autrement plus important et efficace. Au final, les deux albums auront des ventes jugées satisfaisantes même si loin d'être colossales. Duran Duran se fait surtout remarquer grâce au buzz autour de Girls on film, dont le 45 tours termine n° 5 des charts britanniques, tandis que Just can’t get enough (à mon humble avis la pire scie synth-pop de l’histoire) de DM connaît un joli succès dans les clubs et se hisse à la huitième place du top briton.
A Birmingham comme à Basildon, il faudra donc attendre encore un peu avant de voir les espoirs locaux trôner en tête du hit-parade (où l’on retrouve cette année-là, entre autres, des singles de Soft Cell, Human League, mais aussi Roxy Music et Kraftwerk). Les deux albums sont pourtant dotés de plusieurs titres très prometteurs. Chez DM, on épingle surtout Photographic et Tora ! Tora ! Tora !, sombres mais dansants, comme en écho à la cold-wave électronique de John Foxx (Metamatic, 1980). Le reste, en comparaison des chefs-d’œuvre à venir comme Music for the masses et Violator, est faiblard et naïf (et loin d’être aussi novateur qu'on voudra bien essayer de le faire croire, écouter les premiers Orchestral Manœuvres In The Dark, Tubeway Army et Soft Cell suffit pour s'en convaincre). Duran Duran, par contre, signe un très bon disque dès son premier essai. Girls on film, Planet Earth, Careless memories (ma préférée de l’album !), Anyone out there, Night boat, etc., sont toutes devenues des classiques de pop hédoniste : une musique certes légère mais dont l'efficacité diabolique ne pourrait être mise en doute. Quelques titres sont plus faibles mais cela n’empêche pas Duran Duran de proposer, pour ses débuts, une galette bien plus appétissante que ce Speal & Spell d’une naïveté parfois bien embarrassante.
And the winner is : Duran Duran (à prononcer Duwanne Duwanne).
974 commentaires
DD était presque invisible en Belgique avant la sortie du 2eme album. Les radios libres on commencé a passer du DD apres le carton de My Own Way (single précurseur de Rio (LP)) en Angleterre. DM par contre avait eu beaucoup de success avec Just Can't Get Enough, et New Life et Photographic ont eu bien plus d'airplay que Girls on Film ou Planet Earth.
EMI n'a jamais vraiement considéré la Belgique comme marché "significatif" => faut condidérer que DM l'emporte sur mérite plutot que sur hype et marketing.
Look: En Belgique, DD étaient plutot les tapettes, et DM un peu exentriques. Par contre en Angeterre, DD étaient the pinnacle of fasion, et DM étaient des tapettes en mini-jupes de cuir.
La suite: Rio est excellent - c'est un album superbe. De son temps, et au dela. Seven & The Ragged Tiger était décevant apres ca. 4eme album? Who cares?!
A Broken Frame est. Comment dire. 'ben les critiques ont tous trouvé que c'était pas a la hauteur de S&S. Personellement, je n'ai jamais été de cet avis la. Mais contre Rio, c'est loin de la marque. Construction Time Again, par contre est largement supérieur. Et Some Great Reward est sublime, dans son execution et son détail. Et Black Celebration y est supérieur. Et on a pas encore considéré Music For the Masses ou Violator.
Hmm. No contest. Et localement, BE a tappé dans la musique, UK a tappé dans le hype.
Sans parler du jour où tu as pu éjecter de la sauce blanche en pensant à Le Bon ou à Sade, ou à T'Pau.
http://www.youtube.com/watch?v=ahvoebM24Fs
http://www.youtube.com/watch?v=KhtJWtWLm-Y
Hmm. Autocritique! DD, DM, Cure et SM - y'a qu'en Belgique qu'on les a "catégorisé" dans la meme catégorie. En Angleterre, c'est des groupes qui tombent dans de catégories différentes, avec un fanbase différent. En UK, le "New Wave" a toujour été un terme a appliquer a des groupes US, voir NewYorkais.
Sans le contexte Belge, ton article n'a aucun sens. Dans le contexte Belge, ton article ne tien pas la route.
Choisis les bon ingrédients - ce sera un régale.
Shriekback, je connais moins mais ça m'intéresse beaucoup vu qu'il s'agit d'un groupe de la galaxie XTC, Gang of Four, etc. Je crois que notre cher Luc Van Acker en a fait brièvement partie également.
Haircut 100, c'était prometteur au niveau commercial mais le chanteur, malgré sa tête de François Pirette, à quand-même voulu splitter le groupe pour tenter de concurrencer Nick Kershaw sur le terrain solo, et il a tout foutu en l'air.
Voir l'interview de Franz Ferdinand dans le dernier Technikart. Ils disent exactement le contraire.
Celui qui a du mal de se remettre de la double débâcle des rouches !
;-)))
J'ai commencé la musique par les BO, donc je devais surtout écouter celles de l'Empire Contre Attaque et de Moonraker, à cette époque.
Avec Donna Summer via mes parents ainsi que Blondie et les Stranglers parce que c'est ce qui passait à la radio.
"My Own Way" is the fourth single by Duran Duran, released on November 16, 1981. (Wikipedia)
Le temps que ça arrive en Belgique et aux oreilles d'un gamin de 12 ans, t'es déjà en été 82, tu sais...
Ca n'a rien à voir et je ne le prends pas comme ça. Je veux plutôt souligner qu'en 81, j'avais 11-12 ans et que c'est un peu tôt pour suivre l'actualité pop. Un an après, par contre, j'ai commencé à tomber dans tous les pièges à ados. Encore maintenant, d'ailleurs :-)
T'as pas un capitalisme à sauver plutôt que de perdre ton temps dans des provocations de bacs à sable?
Wikipédia dit: "Duran Duran began to achieve worldwide recognition in 1982. In May, they released their second album, Rio", donc 100% ce que nous dit Serche. Avant, nieks.
Je ne suis pas revanchard. J’ai observé des choses qui m’amusaient ou me scandalisaient, j’ai estimé que cela pouvait intéresser d’autres gens que moi et j’ai fais publiquement part de mes constatations et de mes moqueries. Que cela ait eu ensuite un certain retentissement en dit moins sur moi que sur une scène peu habituée à se faire critiquer ainsi que sur des médias qui dévient de leur mission première en préférant la carte « partenariat marketing » à celle de l’information et de la critique.
Qu'on t'apprécie ou pas comment se fait il que tu ne sois pas à la place de Coljon?
Parce que je n’ai jamais postulé au Soir. Parce que lorsqu’on m’a proposé d’y travailler (pour Victor), je n’ai pas aimé ce que j’ai vu du fonctionnement de la rédaction et que j’ai préféré l’option Zone 02/Voxer/Out Soon qui se présentait au même moment. Parce que je ne veux pas de la place de Coljon, n’envisageant pas vraiment la compilation de voyages de presse (12 heures d’avion pour 20 minutes d’interview) comme étant un mode de vie très bandant. Parce que l’on ne me proposera jamais la place de Coljon, encore moins depuis l’affaire deus/Universal.
Est ce toi qui refuse de t'intégrer ou es tu victime d'une omerta?
Ni l’un, ni l’autre. Mais il est évident que tant qu’à être mal payé, je préfère être mal payé en faisant des trucs qui m’intéressent. Que cela soit dans un média établi ou dans un truc underground n’est que secondaire. Je n’ai à vrai dire pas de préférence tant que ce que l’on me propose ait l’air un minimum enthousiasmant. Comme c’est la crise, on ne propose de toutes façons pas grand-chose.
J'ai le souvenir de propos peu amène vis à vis de Ponpon, peut on savoir pourquoi?
Un mec qui fait depuis 30 ans la même émission, avec les mêmes rubriques, la même programmation, qui ne sait toujours pas causer anglais convenablement alors qu’il interviewe des groupes anglophones depuis des lustres… peu importe ses points karma auprès de son public, je trouve ça tout simplement nul. Rien de personnel, il est plutôt sympa, le Ponpon. Mais merde, quoi… 30 ans, putain !!!
Tu es parfois contratictoire notemment quand tu railles les gouts "à l'ancienne" du trol "Cartman" pour mettre en valeur ceux du Trol "Fabrice". Ces 2 intervenant m'ont l'air bien sympathiques l'un comme l'autres mais on peut trouver les mêmes travers chez les Guns and Roses que chez les Stone Roses.
Je sais bien que tu n'écoute plus ce genre de musique mais,sur ton insistance et aprés écoute de son Myspace, j'ai cassé ma tirelire pour m'offrir le Cd de rebotini et après 3 mois d'écoute il est déja rangé bien au chaud avec les autres sur l'étagère, çela dit je te l'accorde "Mnll" est une pure merveille (à écouter en faisant la route de nuit).
A part ça, il y a l’histoire aussi. Quand Cartman prétend que Bloc Party ne doit rien à Gang of Four, qui est selon lui un groupe de troisième division au premier album ridicule, Cartman ne se contente pas de parler de ses goûts, il réécrit l’histoire de façon complètement imbécile. De même son interprétation du rock est particulièrement fermée et révisionniste, même...
Fabrice se contente lui d’aligner des albums qu’il aime, c’est pas pareil. Cartman aime Gouines et Saucisses : pas de problème. Cartman prétend que Gouines et Saucisses a inventé le fil à couper le beurre : big problemo.
Rien de vraiment plus...
- Ne penses tu pas que "Little Bastard" aurait fait un hit acceptable en UK en 2005?
- Comment se fait il que tu sois soudain devenu moins virulent vis à vis de Jérôme?
- Gilles Verlant trouve t'il grace à tes yeux?
- Une opinion sur The National?
*** Ne penses tu pas que "Little Bastard" aurait fait un hit acceptable en UK en 2005?
En Uk, non. En Wallonie, oui.
*** Comment se fait il que tu sois soudain devenu moins virulent vis à vis de Jérôme?
Il n’y a plus grand-chose à dire à son sujet qui n’ait déjà été répété
*** Gilles Verlant trouve t'il grace à tes yeux?
Celui des années 80, oui. Celui qui bosse pour Tarata, moins.
*** Une opinion sur The National?
Non
Moi, ce que je trouvais lourd chez lui, c'était surtout son attitude de merde. Ses goûts, on s'en fout, chacun les siens. Sa grande gueule de blaireau, par contre, à la longue ça devenait lassant.