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Pop-Rock.com : les bonus tracks (I)
Ce qui suit est l’une des rares (2 ?) chroniques de Yû que j’ai refusées sur Pop-Rock. A l’origine, c’est feu Geoffroy Bodart qui préparait un article sur Viva La Vida de Coldplay et qui a proposé au reste de l’équipe d’éventuellement y participer (les chroniques collectives ont un temps été à la mode sur le site). L’album venait juste de sortir – c’était l’été 2008 donc –, nous l’avions tous écouté et cette idée ne suscita pas une large adhésion. Seul Yû répondit à l’appel via ce texte qui resta inédit jusqu’à ce jour.

Docteur House a dit : « Tout le monde ment. »
L’homme n’est pas content, car je le gêne dans son excès de vitesse : je suis à vélo, montant plutôt rapidement une côte, mais il n’y a pas assez de place pour me dépasser. Il klaxonne. Instantanément, mes jambes me pèsent, et ma volonté de roc s’étiole jusqu’à disparaître. Je finis péniblement la côte, et attend le dernier moment pour dévier ma route, et enfin laisser passer l’allogène. Il bredouille quelques paroles incompréhensibles, alors je m’arrête et lui dit que j’encule à sec toute sa famille ; délit de fuite du contrevenant. Auparavant, un certain Gabriel m’avait remis trois insignes : « I love Satan », « I love drugs », et « Hate ».
Chez moi, Lilith est une pute, et elle ne veut pas partir. Un dernier effort, et je pourrai définitivement la mettre dehors. Dans mon sac, des bandes numériques, un autre film à transférer proprement alors qu’il est acquis que les mois de tournage des « Enfants » sont irrémédiablement perdus, malgré tous mes efforts. Néanmoins, ma compétence est reconnue, alors le travail s’amoncèle.
Et le portable sonne, un numéro inconnu, alors je ne réponds pas, et il y a près d’une centaine d’appels comme cela par jour, et aucun message, et je sais de toute façon de qui il s’agit : une personne incompétente et malhonnête, qui tente de récupérer des arrhes. Je laisse faire, des fois que ma plainte pour harcèlement soit prise en compte par les délinquants de la police française. (Tout est une question de point de vue, nous apprend Bouddha.)
Sur la route, un Euro et soixante centimes de péage, une fois aller une fois retour, cent trente kilomètres à l’heure illégalement, et une voix naïvement juvénile à la radio, station Ouï-FM (Oui à quoi ?) qui déclare à deux reprises, avec l’aplomb qu’ont les ignares, que Coldplay est le groupe de Thom Yorke. Je descends la vitre pour compenser mon étranglement passager, et entreprend d’écouter le dernier album du groupe en question.
Une introduction naïvement juvénile et maladroitement enjouée, puis Bono, un irlandais mal dégrossi, assez crédule et prétentieux pour croire en Dieu, sur une chanson se nommant Cemeteries of London. L’Irlande aurait-elle du souci à se faire ? Sans doute pas, au vu des restes d’un raté qui bouffe à tous les râteliers pour essayer de hisser haut un groupe qui dépareillait même la plus indigente des chambres à gaz. Peine perdue : quelques fulgurances font certes passer Coldplay du statut de groupe à jeter à celui de groupe jetable, c’est un progrès, mais progresser ne suffit pas. Réussir, ou mourir (soit en se suicidant, soit en laissant la police de la médiocrité vous abattre, avec une préférence pour la première solution, à la fois digne et économique pour la collectivité ; quelle plus belle excuse pour sa vie passée ?)
Les questionnements sont sans fin, mais pas les réponses.
Hérodote : « Je me souviens d’un dialogue de trois conjurés perses. Le pouvoir d’un seul (monarchie) implique l’hubris, la démesure, dit le premier des conjurés ; il conduit donc à la tyrannie et au désastre ; il faut confier le pouvoir au peuple (démocratie). Mais la foule aussi cède à l’hubris, rétorque le deuxième, et, pis, une hubris ignorante et sans frein ; il est plus sage de s’en remettre aux meilleurs (aristocratie). A quoi le troisième objecte : le pouvoir de quelques uns entraine la guerre entre factions, qui ne s’achèvera qu’avec la victoire d’un seul ; retour à la monarchie. » Plus tard, Cornelius Castoriadis ajoutera : « Les trois fonctions du pouvoir politique sont le législatif, le judicaire et le gouvernemental, et non l’exécutif. » Mieux vaut tard que jamais.
Détail amusant ou macabre, à composer selon son humeur, les Grecs utilisaient, sur la fin des haricots, une corde fraîchement peinte en rouge pour forcer les citoyens à gérer les affaires de la cité. L’histoire ne dit pas si les frais de teinturerie étaient remboursés ; tout au plus, les Japonais ont-ils la croyance que deux âmes sœurs sont reliées par un fil rouge. Et s’il y avait une logique dans tout cela ?
(Ce courrier a été composé sur un Apple Mac Pro Quad 3Ghz avec Word 2008 et la police Cambria. Le fichier a été supprimé après impression, et l’impression a été brûlée après la réalisation de la présente copie manuscrite. Le cendrier servant de réceptacle au bûcher a éclaté sous l’eau froide utilisée pour éteindre le feu, ce sacrifice impromptu apportant la preuve qu’avoir été un excellent élève n’empêche pas d’être un crétin.)
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